Pas de vaccination sans réflexion... Informez-vous !

Accueil Page mise à jour le 26/12/2015

Santé Liberté et Vaccinations n° 62

Janvier-Février-Mars 1979

Sélection d'articles

Sommaire

 Pages

 
Franchir une nouvelle étape 1  
Proposition de loi tendant à dissocier la fréquentation scolaire 
   et l'activité professionnelle de l'obligation vaccinale
2  
Quelques aspects statistiques et épidémiologiques du problème 
   plus général de l'obligation vaccinale
9  
Réponses des parlementaires 12  
Indemnisation des accidents post-vaccinaux 14  
Santé et développement économique 15  
Délai entre les injections vaccinales 16  


Franchir une nouvelle étape

Éditorial

Il est temps de franchir une nouvelle étape.

Ces dernières années, avec acharnement, nous avons marqué des points. Rappelez-vous. Naguère encore, les accidents post-vaccinaux étaient niés, tout simplement. Lorsqu'on admettait leur existence, c'était pour, aussitôt, les  qualifier de rarissimes. Non seulement le dogme vaccinal n'était pas à mettre en cause, mais la moindre critique était jugée déplacée, stupide et fanatique. Par la loi de 1964 visant à permettre l'indemnisation des victimes, par son élargissement péniblement obtenu en 1975, nous avons établi dans l'esprit du public la réalité de ces accidents.

Puis après la condamnation de la vaccination antivariolique systématique en Grande-Bretagne, aux U.S.A. et au Canada, ce fut, pour la grande presse, au cours de la conférence que nous avions organisée avec le Pr George Dick, l'un des plus éminents épidémiologistes mondiaux, la révélation que celui-ci pouvait tenir le même langage que notre Ligue. La presse marqua le coup ; nos rapports avec elle venaient enfin de naître : nous commencions d'exister.

Pendant plusieurs années, grâce au travail longuement poursuivi par la base en particulier, par le biais de l'agrobiologie et des contestations nées du problème nucléaire, nous avons élargi notre audience et préparé la  voie  à  la  parution de « L'Intoxication  Vaccinale ». Depuis un an, cet ouvrage s'est vendu à dix mille exemplaires, ce qui est trop peu pour compter vraiment, mais nous avons eu soixante-dix articles dans les journaux, et une dizaine d'émissions de radio et de télévision. C'est plus qu'en vingt ans de lutte. Mais ce n'est également qu'un pas : l'intoxication des esprits est trop profonde, les barrières trop solidement gardées pour que notre message à peine perçu puisse emporter les convictions et bouleverser la mentalité française.
Quel nouveau pas pouvons-nous faire maintenant ?

II serait complètement illusoire de prétendre aboutir directement à l'abolition des lois d'obligations vaccinales. En admettant que nous trouvions un parlementaire disposé à faire une proposition dans ce sens, jamais elle ne viendrait en discussion devant l'Assemblée ; et à supposer qu'elle y vienne, un vote à ce sujet serait écrasant, contre nous. Il mettrait en évidence notre faiblesse au Parlement et dans le pays, il ne pourrait qu'inciter nos adversaires à plus de rigueur dans la chasse aux opposants, grâce à l'application rigoureuse du décret Poniatowski.

Soyons réalistes : une minorité ne doit pas s'exposer à une défaite fatale : elle doit progresser peu à peu jusqu'à devenir assez forte pour s'imposer.

Notre tactique a toujours consisté à défendre des positions inattaquables (en faveur des victimes, par exemple) afin de mieux divulguer et défendre nos points de vue. Elle a été positive : il faut la poursuivre.

Nous avons fait progresser l'idée d'une objection de conscience en matière de vaccinations, solution en vigueur dans quelques pays où le respect des droits individuels est plus fort que chez nous. En la soumettant actuellement, au Parlement, nous irions également au devant d'une défaite certaine. Mais en admettant même que nous triomphions et que la loi reconnaisse au citoyen le droit théorique à refuser les vaccinations obligatoires, nous serions à l'abri des poursuites pénales, mais non pas à l'abri des contraintes au niveau des école, classes de neige, professions, etc... Et il est évident que les autorités redoubleraient de zèle à ce niveau.

Chacun sait qu'actuellement la loi prévoit les vaccinations obligatoires dans des délais précis. La prescription étant acquise, on n'est plus passible d'une amende, mais il n'empêche que la contrainte persiste par le biais de la scolarité ou dans certains cas, de la profession. C'est donc à ce niveau, d'abord, qu'il faut agir : il faut faire dissocier l'obligation vaccinale de la fréquentation scolaire et de la pratique professionnelle. Ce sera déjà fort difficile, mais ce n'est peut-être plus impossible, grâce à l'intervention des sections auprès de leurs élus.

Nos lecteurs trouveront dans ce numéro le texte du projet de proposition que nous avons soumis à tous les Parlementaires qui nous ont déjà répondu assez favorablement lors de nos précédentes interventions, ainsi qu'à tous les groupes politiques.

Il  est  indispensable que chacun de nous se pénètre de ces textes afin d'en bien posséder l'argumentation et de pouvoir ainsi les défendre dans tous les milieux possibles : n'oublions pas que l'opinion du Parlement se modèle le plus souvent dans ce genre de sujets sur l'opinion générale du pays et que le succès dépendra d'abord de nous. Nous devons conserver à l'esprit :

  • que l'instruction et le travail sont des droits fondamentaux et qu'ils ne doivent pas être subordonnés à une conception médicale ;
  • que l'infraction à une législation quelconque entraîne l'application de sanctions prévues par la loi, et  que rien ne justifie un chantage supplémentaire à la fréquentation scolaire ou à l'exercice d'un métier : cela est contraire aux principes mêmes de notre droit ;
  • que ces sanctions sont déjà très lourdes et suffisamment dissuasives : l'individu qui en accepte le risque a pour ce faire des motivations personnelles profondes et respectables ;
  • que l'exemple de certains pays, les progrès de la thérapeutique, l'argumentation générale dont nous disposons démontrent le caractère inadmissible des contraintes de cette nature dans les domaines scolaire ou professionnel.

Serons-nous de taille à remporter cette nouvelle victoire ? Cela dépendra, comme toujours, de notre détermination. Si chacun participe vraiment à cette action sans se reposer sur autrui, au sein des sections en particulier, le résultat est certain. Et je dirai aux impatients qui pensent qu'il suffirait de demander la liberté totale pour l'obtenir : « soyons réalistes ; montrons que nous sommes capables de franchir cette nouvelle étape ». Ce sera déjà magnifique.

F. DELARUE


 

Proposition de loi

Tendant à dissocier la fréquentation scolaire et l'activité professionnelle de l'obligation vaccinale

EXPOSÉ   DES   MOTIFS

I. — L'obligation vaccinale en France.

Bien que la vaccination antivariolique ait été déclarée obligatoire dans l'armée dès 1805 par un décret impérial, ce n'est qu'en 1902 que le législateur français, après beaucoup d'autres, a étendu cette disposition à l'ensemble de la population : c'était le signe d'une évolution importante des mentalités. Il était, en effet, apparu légitime de contraindre l'individu à accepter une pratique médicale, fût-elle dangereuse, dans le but de protéger la collectivité contre une maladie contagieuse contre laquelle la thérapeutique de l'époque demeurait sans recours.

Une fois ce principe admis, nous l'avons étendu à la prévention de cinq maladies parfois même non contagieuses, créant ainsi en France une situation sans exemple dans l'Europe de l'Ouest.

Alors que cinq vaccinations sont toujours obligatoirement pratiquées dans notre pays (contre la variole avant deux ans, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite avant 18 mois, la tuberculose dans la 6e année), nos voisins immédiats tendent à supprimer cette obligation (aucune vaccination obligatoire en Angleterre, en Irlande, en R.F.A., aux PaysBas ; une seule en Belgique, en Italie).

Cette dernière attitude s'explique du fait que « l'obligation vaccinale est souvent ressentie comme la privation d'une liberté fondamentale puisque indéniablement, elle porte atteinte à l'intégrité corporelle et qu'elle heurte parfois les opinions des assujettis » (1). De plus, nous le verrons, certains pays pensent que les résultats obtenus aussi bien que les progrès de la thérapeutique ne justifient plus le maintien de telles mesures.

(l)  J.  Simon  Cayla,  ancien  inspecteur  général  des  Affaires  Sociales  et  ancien  directeur de l'École Nationale de la Santé Publique, in « Revue Française des Affaires Sociales », éditée par les Ministères du Travail et de la Santé (n° 1, janvier-mars 1978).

II. — Sanctions et pressions exercées à l'encontre des réfractaires.

Le refus de la vaccination obligatoire est considéré par la législation comme une infraction mineure punie par le tribunal de police. Il n'est pas inutile d'insister sur le caractère bénin de celle-ci : elle n'est pas plus grave en fait et en droit qu'un simple défaut de stationnement passible d'une contravention.

Jusqu'à une date récente, elle était sanctionnée par une amende de 3 à 20 F, et ne pouvait donner lieu à des poursuites que pendant un an, la prescription étant acquise après ce délai comme pour toutes les infractions de cette catégorie.

Or, deux éléments nouveaux ont bouleversé cette situation relativement peu contraignante :

  1. Le 19 mars 1965, le décret d'application de la loi rendant obligatoire la vaccination antipoliomyélitique a prolongé ce délai de prescription à dix ans pour les vaccinations antivariolique, antidiphtérique et antitétanique, et à quinze ans pour la vaccination antipoliomyélitique.
     
    Ces dispositions, uniques dans le droit français, ont radicalement transformé les conditions dans lesquelles peuvent maintenant s'exercer les poursuites.
     
  2. Le décret du 27 mai 1973 a non seulement augmenté considérablement le montant des amendes (qui peuvent aller de 6001 à 1 000F et être doublées en cas de récidive) mais il a également prévu pour les réfractaires des peines allant jusqu'à un mois de prison (deux mois en cas de récidive).

Tant par la durée des poursuites que par la rigueur dissuasive des sanctions, les autorités disposent donc maintenant pour réprimer ce type d'infraction de possibilités que n'avait pas prévues le législateur.
 
Ces considérations devraient permettre d'abandonner les pressions qui s'exercent actuellement, légalement ou non, au niveau de l'éducation et du marché du travail.
 
Si la loi de 1901 n'a rien prévu de spécial relativement à la fréquentation scolaire, l'habitude n'en a pas moins été prise de subordonner celle-ci – par conséquent de façon illégitime – à la présentation d'un certificat de vaccination antivariolique ou de contre-indication médicale. 

En revanche, les lois de 1938, 1939 et 1964, relatives à l'obligation des vaccinations antidiphtérique, antitétanique et antipoliomyélitique, ont prévu cette disposition ainsi, pratiquement, que la loi de 1950 sur le B.C.G.

De même, il est courant que des enfants se voient refuser l'accès aux classes de neige, aux colonies de vacances, aux terrains de sports. etc..., alors qu'ils sont en règle avec la loi, mais parce qu'ils n'ont pas subi des rappels non prescrits par celle-ci (antitétanique, antidiphtérique, antipoliomyélitique en particulier).

De même encore, si le législateur a prévu, comme cela se conçoit, des obligations vaccinales pour divers personnels particulièrement exposés, c'est abusivement que certaines entreprises (S.N.C.F., par exemple) exigent pour l'embauche ou la titularisation de leurs employés des vaccinations ou des rappels non prévus par la loi.

Ainsi s'est constituée, à côté des sanctions pénales normalement prévues à l'encontre des individus qui enfreignent la loi, une deuxième zone de pressions s'exerçant dans un domaine n'ayant rien à voir avec son objet.

Il apparaît anormal de lier le droit à l'instruction et le droit au travail à l'observation d'une pratique médicale, fût-elle préventive, alors que des sanctions pénales des plus rigoureuses sont déjà prises à l'égard des contrevenants. Ce procédé semble unique dans notre législation. Il est sans exemple chez nos voisins. Il est de plus en contradiction avec plusieurs principes de notre droit.

Une situation non conforme aux habitudes du droit français.

Rappelons que l'instruction des enfants est une obligation régie par une loi organique impérative dont l'application ne saurait dépendre d'un autre texte législatif. La loi de 1882 a fait de la fréquentation scolaire un droit fondamental de l'enfant. De même le travail est reconnu comme un droit essentiel de l'homme.

Il semble illogique de subordonner l'un et l'autre à l'observation d'une loi de nature circonstancielle.

D'autre part, c'est le décret du 5 mars 1952 qui subordonne l'« admission dans tout établissement d'enfants à caractère sanitaire ou scolaire » à la présentation de certificats attestant soit la soumission préalable aux vaccinations obligatoires, soit la dispense de celles-ci pour contre-indication médicale.

Ce décret ne concernant que les vaccinations antidiphtérique, antitétanique et antiparatyphoïdique, c'est abusivement qu'on l'applique à la vaccination antivariolique.

On peut d'ailleurs se demander dans quelle mesure un décret pouvait légitimement outrepasser de cette façon la décision du législateur, lequel n'avait pas jugé opportun, en votant, quatorze ans plus tôt, cette loi d'obligation vaccinale, de prévoir une implication scolaire pour son observation.

Mais de plus, il faut remarquer que ce décret, tout comme les dispositions prises par les lois de 1950 et 1964 relatives aux vaccinations obligatoires par le B.C.G. et contre la poliomyélite, prive en fait le citoyen d'un autre droit essentiel, celui de se défendre devant les tribunaux. Chacun sait qu'un recours devant un tribunal administratif, éventuellement suivi d'un autre devant le Conseil d'État, constitue une procédure pouvant durer plusieurs années sans être suspensive. C'est dire qu'un parent devrait, pour user de son droit et éventuellement triompher en justice, priver son enfant du bénéfice de l'enseignement pendant une durée si longue que l'avenir de cet enfant serait définitivement compromis. Éventualité pratiquement inacceptable.

Nous constatons par conséquent que lier la fréquentation scolaire à l'observation des obligations vaccinales revient à disposer, à côté des sanctions pénales déjà prévues, d'un moyen de pression contestable d'une sévérité disproportionnée au caractère léger de l'infraction qu'on prétend ainsi poursuivre.

L'administration militaire a donné récemment un exemple mieux adapté à notre époque et au respect des libertés individuelles, en précisant par la circulaire n° 1194/MA DCSSA/2/RT/2 du 7 avril 1973 qu' « en cas de refus d'un militaire appelé de se soumettre aux vaccinations sans que soit avancée une raison médicale», le médecin responsable doit seulement « exiger de l'intéressé une décharge écrite dégageant la responsabilité de l'État ».

Remarquons enfin que l'amende payée pour une contravention, la peine purgée pour un délit effacent en droit le motif de la sanction. Ici, rien de semblable. La privation du droit à l'instruction ou au travail est une sanction dont les conséquences s'exercent de façon permanente pendant toute la vie d'un individu.

D'autres considérations plaident en faveur d'un assouplissement de notre position. 

III. — Autres raisons  de dissocier l'obligation  vaccinale  du droit  à l'instruction et du droit au travail.

Voilà 77 ans qu'a été admise en France la légitimité de l'obligation vaccinale. Il est donc intéressant de dégager quelques points montrant que l'application de ce principe ne saurait, en l'état actuel des choses, justifier des pressions parfois dramatiques au niveau de l'éducation ou de la profession.

  1. Vaccination et obligation.
     
    a) Vaccination antivariolique :
     
    En 1971, la Grande-Bretagne a officiellement déconseillé la pratique systématique de la vaccination antivariolique.
    À cette époque, son immunité collective n'était que de 5 % (Professeur G. DICK - Professeur DIXO'N). En dépit des voyages de ses ressortissants et de ses rapports avec les pays de plus haute endémicité variolique, ce pays n'a pas plus souffert de la variole que la France.
    Actuellement, la France est, avec certains cantons suisses et l'Espagne, le seul pays de l'Europe de l'Ouest à maintenir cette obligation ou même cette vaccination systématique. Or, le dernier cas d'importation de variole s'est produit chez nous il y a 23 ans et l'O.M.S. a signalé le dernier cas dans le monde en octobre 1977.
     
    b) Vaccination antidiphtérique :
     
    Les moyens thérapeutiques nouveaux ont bouleversé la situation de 1938 et l'expérience montre qu'à notre niveau socio-économique, la diphtérie n'a plus le caractère de haute contagiosité qu'on lui connaissait. L'exemple de pays non vaccinés le prouve.
     
    D'autre part, la réaction de Schick permet, avec une grande certitude, de savoir si un individu est immunisé, naturellement ou non, contre cette maladie. La législation en vigueur autorise les personnels hospitaliers à y avoir recours pour éviter des rappels inutiles. Étendre cette possibilité aux réfractaires aux vaccinations permettrait de respecter les libertés individuelles sans faire courir aucun risque à la collectivité.

 c) Vaccination antitétanique :

Si le tétanos a conservé son caractère dramatique de haute gravité, cette maladie n'est absolument pas contagieuse. La vaccination est ici un problème individuel sans implication sociale. Une discussion sur l'opportunité d'exercer une pression par le biais du droit à l'éducation et au travail semble sans objet dans ce cas.

d) Vaccination antipoliomyélitique :

Cette maladie n'est pas non plus contagieuse et la remarque précédente peut s'appliquer à elle. Mais surtout il faut se rappeler que cette obligation n'a été votée en 1964 – contre l'opinion de l'Académie de Médecine qui ne la jugeait pas nécessaire « en l'absence d'une situation épidémique » – que pour en assurer la gratuité afin que les plus défavorisés puissent en bénéficier. On ne voit pas comment dans ce cas pourrait se justifier une contrainte ou même une pression quelconque.

Ce qui n'empêche que pour ces deux dernières vaccinations en particulier, on impose souvent des rappels systématiques (illégaux) el on les exige souvent également pour le départ en colonie de vacances, classes de neige, etc..., pour l'admission dans les C.E.T. ou dans certaines entreprises.

e) Vaccination contre la tuberculose :

Les progrès de la thérapeutique et en particulier la chimiothérapie, ont ici aussi bouleversé les conditions existant en 1950 lors du vote de l'obligation du B.C.G. La tuberculose se soigne fort bien et n'a plus rien de commun – compte tenu des transformations socio-économiques du pays – avec le fléau d'antan.

On peut de plus se demander s'il est encore opportun de contaminer même légèrement toute la population par la vaccination, au lieu de tendre à éradiquer totalement la tuberculose.
Les Allemands ou les Hollandais, par exemple, cherchent au contraire à avoir une population négative à la réaction tuberculinique, c'est-à-dire exempte de porteurs de bacilles, alors que la France vise toujours à rendre cette population positive en inoculant le B.C.G.

Devant de telles divergences de conceptions, devant les changements intervenus dans la thérapeutique comme dans les conditions générales d'évolution des maladies contagieuses, ne peut-on s'interroger sur l'opportunité du maintien des pressions exercées au niveau de l'éducation et de l'emploi ?

Pour ces motifs et pour ceux qui ont été exposés précédemment, nous vous demandons de voter la proposition suivante :
 

PROPOSITION

      Article premier. — Les dispositions légales relatives aux vaccinations obligatoires sont entièrement dissociées de celles concernant la fréquentation scolaire ou l'exercice d'une profession.

      Article 2. — En conséquence, l'accès et la participation à toute activité d'enseignement ou de loisir, à quelque âge que ce soit, telle que la fréquentation scolaire et universitaire, la pratique d'un sport, la participation à une colonie de vacances ou à une classe de neige aussi bien que l'apprentissage ou la pratique d'un métier (à l'exception des carrières médicales ou para-médicales) ainsi que la titularisation ou le maintien dans une administration, ne peuvent être subordonnés à l'acceptation préalable d'une ou plusieurs vaccinations.

      Toute disposition contraire est abrogée.

Cette proposition de loi a été envoyée, le 6 novembre 1978, aux 30 sénateurs et aux 70 députés des diverses formations politiques qui avaient répondu favorablement à nos précédents courriers ou qui avaient manifesté de l'intérêt pour les problèmes que nous évoquions.

 


 

QUELQUES ASPECTS STATISTIQUES ET ÉPIDÉMIOLOGIQUES DU PROBLÈME PLUS GÉNÉRAL DE L'OBLIGATION VACCINALE

Rappelons qu'il n'entre pas dans notre propos de mettre ici en cause la valeur de la vaccination.
Cependant, nous ne saurions négliger un certain nombre d'arguments qui, venant maintenant nuancer l'opinion la plus courante au sujet de cette pratique, pèsent par conséquent sur la légitimité de la contrainte dont nous proposons l'abrogation. En voici quelques exemples :

a) Variole :

Le récent succès de la campagne mondiale d'éradication de la variole a mis en lumière le rôle prépondérant de mesures d'hygiène aussi élémentaires que le dépistage des malades et leur isolement face au rôle beaucoup plus relatif de la vaccination. On a vu, en effet, des épidémies se répandre dans des populations très fortement vaccinées, alors qu'on a maîtrisé la variole dans d'autres qui l'étaient fort peu (cf. documents ci-après).

Pendant la période d'obligation (avant 1949) comme dans celle de vaccination systématique mais non obligatoire (jusqu'en 1972), la Grande-Bretagne n'a jamais pratiqué que la seule primo-vaccination dans l'enfance. Les rappels que nous estimons indispensables à 10 ans et à 20 ans ne touchaient pas 2 % de la population. C'est dire que la nation britannique toute entière aurait été considérée, selon la loi française, comme non protégée, dangereuse, et de ce fait, privée du droit à l'instruction ! De plus, ce pays a aboli l'obligation de la vaccination antivariolique depuis près de 30 ans ; son taux de primo-vaccination était tombé à 33 % des enfants ; depuis six ans il a renoncé à pratiquer cette vaccination.

b) Tuberculose

Le recul du temps permet de constater une diminution considérable de cette maladie dans tous les pays dont le niveau de vie s'est élevé. Ce recul s'est produit aussi bien dans les pays qui n'ont pas vacciné que dans ceux qui l'ont fait systématiquement ; dans ces derniers il n'a pas été plus rapide après l'introduction du B.C.G. qu'avant.

L'exemple le plus frappant est celui des Pays-Bas où la mortalité tuberculeuse était après la guerre l'une des plus fortes d'Europe de l'Ouest, et où elle a été la plus basse dès 1954, sans qu'on y ait employé le B.C.G.

Les statistiques de l'O.M.S. (voir ci-après) ont mis en évidence le fait que les pays (dont la France) où la vaccination par le B.C.G. est obligatoire, connaissent les plus fortes mortalités tuberculeuses. On peut donc se demander si les contraintes sont justifiées. D'autant plus que les autorités sanitaires de l'Allemagne de l'Ouest ont déclaré : « Pour nous la vaccination par le B.C.G. n'est scientifiquement plus fondée, et médicalement elle n'est plus défendable... Il n'est plus question de débattre si la vaccination par le B.C.G. est active ou non. Il convient de tirer les conséquences du fait que l'évolution épidémiologique et la position dominante de la chimiothérapie ont supprimé les bases mêmes des indications de la vaccination par le B.C.G. ».

c) Tétanos :

Il est troublant de constater, d'après les données de l'INSERM, qu'à âge égal, entre 1969 et 1974 il y a eu 68 cas de plus de tétanos chez les hommes revaccinés au service militaire alors que les femmes ne le sont pas.

On cite l'Angleterre en exemple : c'est un pays qui ne connaît pratiquement plus le tétanos. Or, nous vaccinons autant que lui sans parvenir au même résultat et surtout ce résultat a été acquis en Grande-Bretagne avant l'emploi massif du vaccin. Ne faudrait-il pas chercher ailleurs la cause de cette situation favorable ? Dans ce cas, quel serait l'intérêt des pressions exercées pour multiplier rappels et vaccins ?

d) Poliomyélite et diphtérie :

Disons brièvement que pour ces deux maladies, leur évolution a été indépendante de la vaccination.

– Poliomyélite :

  • En Angleterre, dans les six années qui ont suivi la vaccination (1956 à 1962), la régression (remarquable) a été de 67%. Mais elle avait été de 82 % dans la période pré-vaccinale (1950 à 1956).
  • En France, après la poussée de 1949 et jusqu'en 1956, date du lancement du vaccin, le nombre de cas de polio avait baissé progressivement jusqu'à 1 150 cas.
    Les vaccinations massives coïncidèrent avec une augmentation sans précédent du nombre de cas. Il fallut attendre six ans (1962) pour atteindre à nouveau le niveau d'avant la vaccination.

– Diphtérie :

L'étude de deux pandémies, de 1930 à 1943-1945 montre qu'à égalité de niveau de vie

  • la diphtérie a régressé aussi vite dans les pays non vaccinés que dans ceux qui l'étaient ;
  • ces derniers n'ont pas été mieux protégés que les autres lors de la deuxième vague épidémique ;
  • dans la population française, le taux des décès a été le même dans les départements très ou très peu vaccinés, aussi bien que chez les enfants de moins de 1 an non vaccinés que chez les autres vaccinés.

L'ensemble de ces observations nous paraît suffisant pour justifier, même dans un pays restant fidèle au principe de l'obligation vaccinale, l'établissement d'une séparation complète de celle-ci des droits à l'éducation et au travail.

 


Santé et développement socio-économique

Effets du développement socio-économique sur la santé

Les partisans de l'obligation des vaccinations affirment souvent que les maladies infectieuses n'ont pu décroître que grâce aux vaccinations.

Lors d'un colloque qui s'est tenu il y a plusieurs années à la faculté de médecine, et plus récemment au cours de l'émission d'Anne Gaillard, le Pr Lépine a soutenu ce point de vue.

Il est intéressant de relever dans une étude parue en 1974 dans le rapport de l'OMS sur les maladies infectieuses le passage suivant. Il confirme les observations de ce même organisme sur l'éradication de la variole : à elle seule la vaccination est incapable de faire disparaître une  maladie. Des épidémies peuvent se produire dans des populations vaccinées à 90 % et par contre des populations non vaccinées peuvent être indemnes. Tant que des mesures plus générales n'ont pas été prises et notamment tant que le niveau socio-économique est très bas, les épidémies ne régressent pas.

« La relation entre la situation socio-économique et les principaux problèmes de santé est solidement documentée. Toutefois, il est très difficile d'évaluer avec précision l'importance relative des différents facteurs culturels d'ordre socio-économique parce que la documentation statistique est insuffisante et que tous ces facteurs ont fonctionnellement des relations réciproques et exercent leur action dans un contexte politique et institutionnel donné.

On peut se demander si l'abaissement du taux de mortalité n'a pas été trop aisément attribué à l'action sanitaire. Au cours du processus de développement, qui fut long et relativement lent dans la plupart des pays actuellement industrialisés, le développement économique, surtout au stade initial, a probablement contribué plus efficacement que la santé publique et la médecine clinique à réduire la mortalité. La distinction entre facteurs médicaux et facteurs socio-économiques est dans une certaine mesure arbitraire.

Les progrès de la science médicale et leur application générale en faveur de la population ne sauraient être dissociés de l'état de développement d'une société. Les mesures d'assainissement, les programmes de vaccination, l'amélioration de la thérapeutique et l'octroi à une bonne part de la population d'un système même rudimentaire de prestations médicales, supposaient une centralisation d'importantes fonctions de l'État et un cadre administratif et politique propice au progrès socio-économique.

Aujourd'hui encore, le développement socio-économique contribue de façon notable à abaisser la mortalité dans les pays peu développés. Ainsi, dans certains d'entre eux, la baisse rapide des taux de mortalité que l'on observe actuellement dans les régions rurales ne peut être attribuée uniquement aux services de santé réguliers puisque la plupart des villageois ne peuvent y accéder.

Certes, les campagnes de masse, qu'il s'agisse de lutte antipaludique ou de vaccination, ont également joué un grand rôle, mais il est pratiquement impossible d'inscrire cette amélioration de la santé à l'actif d'un facteur ou d'une mesure unique.

Il est une question cruciale qui n'a pas encore été suffisamment approfondie : les programmes d'éradication des maladies ont-ils pour effet d'accélérer une baisse déjà amorcée de la mortalité, même si elle est relativement lente, ou bien peuvent-ils déclencher une réduction quand le tableau de la mortalité est stable à un niveau élevé ?

Entre la fin des années 1940 et le début des années 1950, on a parfois affirmé que les liens traditionnels entre l'amélioration de la santé, se traduisant par une diminution de la mortalité, et celle du niveau de vie avaient été rompus par l'importation dans les pays peu développés d'une technologie médicale très raffinée et de programmes internationaux d'assistance, en d'autres termes que la médecine et la santé publique modernes font diminuer la mortalité indépendamment de tout progrès socio-économique.

Toutefois, l'évolution de la situation pendant les années 1960, lorsque dans un certain nombre de pays peu développés la mortalité n'a pas baissé autant que prévu et que l'écart entre les pays de cette catégorie s'est élargi par suite des inégalités dans leur taux de développement, a incité à une interprétation plus prudente.

Il semble bien qu'un certain « décollage » socio-économique soit indispensable pour qu'un pays puisse profiter pleinement de l'application massive de la science et des techniques médicales modernes ; la baisse de la mortalité, une fois amorcée, peut atteindre une vitesse spectaculaire, dépassant de loin les progrès réalisés dans d'autres domaines sociaux et économiques, jusqu'à ce que l'on parvienne à un certain seuil où les facteurs socio-économiques (dans leur acceptation la plus large) s'affirment de nouveau comme éléments déterminants de la baisse de la mortalité. Il est non moins exact qu'en l'absence de preuves suffisantes on ne peut dire de façon certaine dans quelle mesure la diminution des taux de mortalité dans les pays peu développés reflète une amélioration authentique de l'état de santé (Hansluwka, 1974).

Il ne faut pas oublier que l'industrialisation elle-même peut provoquer des problèmes de santé si les conditions de travail empirent et si la pollution et le surpeuplement entraînent une détérioration de l'environnement : d'autre part, dans les pays industriels l'éventail démographique et le climat épidémiologique ne sont pas les mêmes que dans les pays en voie de développement, ceux-ci n'ayant pas encore à se préoccuper outre mesure des maladies chroniques dégénératives et des accidents, ni de beaucoup d'affections non mortelles relativement bénignes. »


Sommaire

Haut de page | Mentions légales | Plan du site
Un site Xsalto