La primo-vaccination antivariolique vient d'être officiellement suspendue.
Les rappels sont maintenus pour les enfants qui l'ont déjà subie, ce qui équivaut à la disparition à brève échéance de cette vaccination, puisque, d'une part, il faudrait un nouveau vote du législateur pour la remettre en vigueur – ce qui n'est guère à envisager, car les pays qui l'ont purement et simplement supprimée s'en portent fort bien, à la grande déception de nos vaccinalistes qui comptaient sur une recrudescence des épidémies, notamment en Angleterre, pour accréditer le mythe de l'efficacité et de la « barrière immunitaire », et justifier ainsi le maintien d'une obligation qui assurait leur gloire et leur prospérité – et que, d'autre part, le nombre d'enfants ayant déjà reçu la primo-vaccination, et par conséquent assujettis aux rappels, ira sans cesse diminuant, jusqu'à s'éteindre définitivement.
Il est nécessaire de jeter un coup d'œil en arrière pour apprécier cette victoire à sa juste valeur. Le chemin parcouru tient du prodige : il y a une quinzaine d'années, le petit groupe que nous formions était pratiquement réduit à l'impuissance. Seule la certitude d'avoir des raisons suffisantes pour douter de l'efficacité et de l'innocuité des vaccins nous donnait assez de courage et de ténacité pour espérer qu'un jour nous nous ferions entendre. Aux yeux des gens en place (d'un Lépine, par exemple), nous étions une secte d'illuminés, qu'il convenait de traiter par la dérision, sans daigner prêter la moindre attention à nos élucubrations de débiles exaltés.
La lutte était d'une inégalité navrante : nous avions en face de nous toutes les puissances du Pouvoir réunies :
la Science, la Finance, la Politique. En effet, j'admirais chez nos adversaires l'habileté suprême qui avait consisté à rendre obligatoire de par la loi la consommation des produits qu'ils fabriquaient et vendaient. N'est-ce pas là le rêve de tout industriel, assuré ainsi d'un pactole intarissable et ne redoutant pratiquement aucune concurrence ? Bien évidemment, lorsque de tels intérêts financiers sont en jeu (qui se chiffrent par des milliards annuels de chiffre d'affaires), les complicités de toutes sortes accourent avec empressement, à tous les niveaux de Pouvoir.
Bref, les vaccinalistes avaient tout noyauté. Ils régnaient en maîtres absolus à l'Académie de Médecine, au sein des commissions parlementaires chargées d'examiner les projets de lois visant à rendre telle vaccination obligatoire, au Parlement, dans tous les organes du Gouvernement et de la Fonction publique. Nous étions un groupuscule de trublions dont il suffisait de sourire. Ainsi la Presse nous était-elle hermétiquement fermée. C'était là le bâillon le plus insupportable : impossible même de dialoguer, de confronter nos données, nos chiffres. Nous étions relégués dans une classe de parias, dont le contact même avait quelque chose de dégradant aux yeux des gens qui pensaient droit. En réalité, nous savions qu'ils ne pensaient rien, pour la simple raison que, depuis que les vaccins sévissaient, le plus vieux cru étant l'antivariolique, nos bienfaiteurs de l'humanité ne s'étaient pas attardés à tenir des statistiques sur les résultats obtenus ou les accidents consécutifs aux vaccins. Le dogme était là. On protégeait votre santé, on vous sauvait d'une mort abominable, pourquoi discuter ?
Quelques hommes se sont levés et sont restés debout jusqu'à ce qu'on les entende. Fernand Delarue et son épouse, inlassablement, se sont cramponnés, et, avec une poignée de gens tenaces, ils ont fini par faire une brèche dans ce mur honteux du silence. Ce combat de David et de Goliath a duré des années et des années, jusqu'à désespérer d'en voir jamais l'issue. Nous voilà la victoire en mains, mais tellement surmenés par cette lutte démesurée que nous n'avons pas même le cœur de la savourer. Il faut dire que nous avons dû traverser de bien étranges bourbiers et que ceux qui avaient encore quelques tendres illusions de jeunesse lorsqu'ils se sont joints à nous (le respect de l'individu, la valeur d'une vie humaine, mais comment donc !) n'ont pas tardé à les perdre.
Toucher du doigt la désinvolture de ceux qui nous dirigent à l'égard du plus rudimentaire sentiment d'humanité, les voir chaque jour, en connaissance de cause, sacrifier inutilement des vies en prétendant les protéger afin de sauvegarder leurs intérêts financiers, leurs dogmes sacro-saints et leur réputation scientifique, avec les honneurs qui y sont attachés ; supporter imperturbablement un tel dégoût, cela impliquait à chaque instant la certitude inébranlable que nous finirions par triompher. Et ce triomphe, nous le devons à quelques obscurs combattants, traqués, tracassés, qui n'ont pas cédé à la formidable machine vaccinale, actionnée avec une prestigieuse dextérité par des experts en imposture, en truquage, en publicité, en statistiques mensongères.
Le vaccinalisme est une religion d'autant plus difficile à ébranler qu'elle est une religion de salut : elle promet au fidèle une garantie contre la mort, la sauvegarde contre des maladies absolument épouvantables et sans issue. De quoi faire rêver le morne troupeau qui marche béatement à l'inoculation d'un produit tellement mirifique qu'on trépigne et qu'on assiège le centre, le jour où quelque grand-prêtre fait astucieusement courir le bruit qu'on va bientôt être en rupture de stock. Le rituel était savamment réglé, les campagnes publicitaires – la montée en épingle de quelques cas sporadiques et insignifiants – artistement montées, avec les flonflons gouvernementaux, visites officielles, congratulations, exhortations à la discipline et au sens civique. L'Institut Pasteur Production S.A. renflouait ses caisses et, au besoin, on faisait la quête pour lui.
J'ai connu tout cela, avec cette poignée de compagnons dont je parlais ; nous avons réussi à surmonter notre nausée. Et justement, cette mystification omnipotente avait quelque chose de si répugnant, que notre révolte ne parvenait pas à fléchir. Je crois que c'est l'énormité de l'imposture qui nous a rendus si opiniâtres.
Je revois le chemin parcouru, depuis le ghetto où nous étions enfermés en tant que maniaques débiles, dangereux pour la bonne marche (en avant) de l'ordre social. Mais, coup de tonnerre qui nous fait entrevoir la liberté toute proche, il y a 8 ans déjà, lorsque les États-Unis et le Canada supprimèrent la vaccination antivariolique. Nous sûmes à ce moment-là que notre combat n'était pas inutile, que nous étions dans la bonne voie : un jour, nous aurions raison du silence dédaigneux et cynique de nos adversaires, leur décomposition était déjà à un stade avancé, on finirait par mettre au grand jour les sordides intérêts financiers qui étaient les ressorts secrets de cette machine apparemment bien graissée, mais qui commençait à donner des signes de faiblesse.
Puis ce fut une irrésistible progression: la Grande-Bretagne déconseilla la vaccination, le Professeur George Dick fit une conférence de presse, les pays d'Europe, les uns après les autres, renoncèrent au vaccin. L'O.M.S. décida de mettre au rencart le produit miracle... qui n'avait pas réussi à éradiquer la variole en Inde, et changea de tactique ; un de ses experts, professeur aux Pays-Bas, m'écrivit à ce propos en termes tout à fait... compromettants. Le vent tournait. Les vaccinalistes ordonnèrent le branle-bas : l'Eldorado allait s'envoler en fumée. Dans l'affolement, on en venait à des querelles bassement intestines, des rivalités entre l'Institut Pasteur et Mérieux. L'harmonie et l'entente ne régnaient plus à bord, comme au temps où l'on pouvait savourer l'aimable et fructueuse vitesse de croisière. On rameuta les dignitaires : le Ministère de la Santé, dans un élan un peu précipité, se mit à émettre des mensonges si gros, de telles incongruités pour exhorter la foule qui se laissait insidieusement gagner par le scepticisme, que cela eut l'effet d'un mauvais présage.
Aujourd'hui, le mur du silence qui étouffait notre voix est lézardé. Que dis-je ? Nous avons percé une large brèche où nous allons nous ruer, pour mettre un terme définitif à cette grossière imposture. Ce n'est pas sans une certaine émotion que je songe à ceux qui ont lutté avec nous et qui sont morts à présent sans avoir pu goûter à cette première victoire remportée à la force des poignets ; à ceux aussi que je ne connaissais pas et qui ont travaillé dans l'ombre, presque clandestinement. Il n'y a pas si longtemps, le livre de Fernand Delarue marquait une étape considérable, une conquête d'une importance décisive. Après tant d'efforts, nous étions parvenus à nous faire entendre, nos idées se propageaient, sans du reste jamais rencontrer d'objection, car la stratégie des vaccinalistes consiste à ne pas se départir d'un silence méprisant... et digne, bien entendu.
C'était cette première victoire qui était réellement difficile à remporter. Le reste suivra, comme cela s'est produit dans les pays voisins : après la disparition du vaccin antivariolique, nous devons obtenir celle du B.C.G., comme en Allemagne Fédérale, et ainsi de suite. Mais cela presse, car vous savez comme moi que le temps qu'il nous faudra pour retrouver la liberté signifie des vies humaines sacrifiées d'ici là au mythe vaccinal. Il faut continuer sur notre élan, en sachant que le plus dur est déjà fait et que la France est un des derniers pays au monde à maintenir, pour les raisons que vous savez, une telle panoplie de vaccins obligatoires.
Bernard GUYADER
Il y a 14 ans, Bernard Guyader, alors étudiant, avait constitué un groupe militant parmi les étudiants. Ils avaient notamment lutté pour que les sanctions infligées aux étudiants qui refusaient le BCG soient uniquement pénales et non d'ordre universitaire.
Bernard Guyader a dû s'expatrier pendant quatre ans en Italie, temps qu'a duré le procès qu'il a soutenu avec succès contre le Ministre de l'Éducation pour faire reconnaître la validité du certificat de contre-indication aux tests tuberculiniques qu'il avait présenté lors de la visite médicale de la Faculté
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