A la suite des événements du 11 septembre et de la peur d'une guerre biologique qui leur a succédé, on a entendu en France les arguments les plus divers concernant la variole. Il nous a semblé intéressant de recadrer le débat.
Pour mémoire, le vaccin anti-variolique lorsqu'il était obligatoire en France, était soi-disant un vaccin très bien toléré, le professeur LÉPINE allant jusqu'à dire que « cette vaccination n'a produit aucun accident chez les enfants depuis 40 ans [radio Monte-Carlo le 16/01/1975] ». Or Bernard KOUCHNER s'est prononcé contre la campagne de vaccinations en déclarant que cette vaccination mal tolérée pouvait causer 350 morts si on vaccinait la population. Cela fait 1 mort pour 200 000 primo-vaccinations. (Pendant la période d'obligation en France il se faisait environ 900 000 primo-vaccinations, 700 000 rappels à 11 ans et 400 000 rappels à 21 ans soit un total de 2 millions de vaccinations par an, pendant des dizaines d'années).
Les chiffres d'accidents post-vaccinaux n'ont jamais été collationnés en France et ce qu'oublie de dire le ministre, c'est que s'il peut estimer le nombre de morts à 1 pour 200 000 primo-vaccinations (ce sont des encéphalites mortelles), c'est qu'il prend en compte certaines études, mais toutes ne donnent pas les mêmes chiffres et il ne parle pas des encéphalites non mortelles mais souvent très invalidantes. Dans la Revue de médecine lyonnaise, F. LABRE et F. FREYÇON disent que l ’encéphalite est mortelle dans environ 40% des cas. Les personnes atteintes pouvant être réduites à l'état d'handicapé très profond. Et surtout les pays qui ont fait des statistiques beaucoup plus nombreuses arrivent dans leurs conclusions aux chiffres suivants :
Pour le professeur M.H.BEGUIN en Suisse le nombre des encéphalites est de 1 pour 5 000 primo-vaccinations.
Pour le professeur SEELMAN sur une étude de 1950 à 1957 à Berlin, on compte une encéphalite pour 4 704 primo-vaccinations.
Des dizaines d'autres études dans le monde démontrent la même chose. Ces chiffres sont 20 fois plus importants que l'exception française. Depuis septembre des milliers de personnes (médecins, et non médecins) affolées ont téléphoné au ministère de la santé pour réclamer le vaccin. Or la variole est une maladie peu contagieuse.
Vous trouverez ci-dessous, dans l'article de Bernard GUENNEBAUD sur l'historique de l'éradication de la variole, les arguments qui vous permettront de défendre votre position ; celle d'avoir le droit refuser une vaccination qui vous paraîtrait inutile et dangereuse même dans la situation d'aujourd'hui.
Jean-Marie MORA
En toutes occasions, la victoire remportée sur la variole est présentée comme le plus grand triomphe des vaccinations généralisées, voire de la médecine officielle. Sans cette généralisation et les contraintes qui l'accompagnent, le succès aurait été impossible et nous devrions encore vivre sous la menace permanente de cette terrible maladie ainsi que de son redoutable vaccin.
"Avez-vous conscience que l'éradication de la variole est la source première de toutes ces contraintes passées, présentes et futures ? Mais il s'agit d'une énorme contre-vérité aux conséquences très lourdes pour la santé publique. Constament entretenue et réactivée, elle est devenue une vraie-fausse vérité."
“Nous remercions B.G... de nous avoir transmis les informations fondamentales constituant l ’ossature d'un tel article, en particulier celles relatives au rapport final de la Commission mondiale pour la certification de l ’éradication mondiale de la variole publié en 1980 par l ’OMS et dont le contenu redevient d ’une brûlante actualité, d ’autant que nombre de ses conclusions paraissent encore être ignorées des autorités aujourd ’hui .“
LE RÔLE DE L'ÉPIDÉMIOLOGIE DANS UNE POLITIQUE DE SANTÉ
Pour éviter une maladie infectieuse on peut, soit chercher à renforcer la résistance à cette infection par des moyens très différents comme la vaccination, l'alimentation ou une amélioration de l'habitat, soit chercher à éviter les contaminations.
Lorsque la maladie se propage uniquement par les malades, on peut chercher à contenir la transmission de la maladie soit en guérissant les malades, soit en les isolant pendant la durée de leur maladie, soit encore par l'abattage dans le cas des animaux.
Ces trois procédés ont en commun la nécessité de localiser les malades et pour cela de connaître au mieux les conditions de propagation de la maladie.
L'épidémiologie est la science qui étudie ce dernier point alors que l'immunologie se rapporte en particulier à l'action des vaccins dans le corps du vacciné. L'éradication de la variole donne une illustration exemplaire de l'importance que peut prendre l'épidémiologie dans une politique de santé publique.
Eradication de la Variole.
De la vaccination de masse à la surveillance-endiguement.
Le 8 mai 1980 l'Organisation Mondiale de la Santé proclame officiellement l'éradication mondiale de la variole. Son Directeur général le Dr H. MAHLER déclarera :
« En raison du caractère exceptionnel de cette réalisation, il est important que les responsables de la santé publique, les historiens et les générations futures aient accès aux éléments d'appréciation sur lesquels ces conclusions ont été fondées. Le présent ouvrage “L'éradication mondiale de la variole - rapport final de la Commission mondiale pour la Certification de l'Eradication de la Variole, Genève déc.1979 OMS“ analyse rigoureusement ces éléments. Puisse ce rapport final nous inciter tous à réfléchir à la manière dont cette expérience peut nous aider à nous atteler plus efficacement à la résolution d'autres problèmes de santé. » [p.3]
La table des matières est à elle seule très éloquente ; on y lit successivement :
- La stratégie de vaccination de masse : ...Succès et échecs
- Evolution des stratégies : ...Caractéristiques de la variole de nature à en faciliter l'éradication
- La stratégie de surveillance et d'endiguement
Cette succession pourrait se résumer par « on vaccine d'abord, on réfléchit ensuite ». Plus précisément, à la rubrique Succès et échecs des vaccinations de masse, on peut lire :
« Les campagnes d'éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas. » [p. 32]
L'OMS reconnaît que dans certains pays, même lorsque la couverture vaccinale atteignait 90%, la maladie continuait à se propager. Elle commente :
« Il eût été extrêmement coûteux et logistiquement difficile, sinon impossible, d'atteindre des niveaux beaucoup plus élevés de couverture. Avec les moyens disponibles, il fallait absolument changer de stratégie. »
Face à cet échec, les conditions de transmission de la maladie vont alors être étudiées. «La période d'incubation est de 10 à 12 jours. Le stade pré-éruptif débute alors brutalement par une fièvre, un état de prostration. Dès les premiers signes de l'éruption, le malade devenait contagieux et pouvait transmettre le virus pendant toute la durée de la maladie. » [p. 18]
Ces données épidémiologiques fondamentales vont constituer le fondement de la stratégie de surveillance et d'endiguement qui remplacera après 1968 la vaccination de masse. Les malades étaient activement recherchés par des campagnes d'affichage.
Dès qu'un cas était repéré, il était isolé ; les contacts étaient recherchés et surveillés. Aux premiers signes de maladie, donc avant de devenir contagieux – le délai était d'au moins 24 heures – ils étaient isolés. « Dès lors que les varioleux étaient isolés dans une enceinte où ils n'avaient de contacts qu'avec des personnes correctement vaccinées ou précédemment infectées, la chaîne de transmission était rompue. En identifiant et en isolant immédiatement les contacts qui tombaient malades, on dressait un obstacle à la poursuite de la transmission. » [p. 22]
«Au début du programme,on s'aperçut que l'isolement des malades et la vaccination à bref délai de toutes les personnes du village ou du secteur de la ville étaient suffisants pour endiguer la plupart des épidémies. On abandonna la notion plus ancienne selon laquelle tous ceux qui se trouvaient dans un rayon de 5 kilomètres ou même davantage devaient être vaccinés car c'était une mesure inefficace qui aboutissait à gaspiller des moyens limités. » [p.. 36]
« La campagne menée en Inde révéla les limites d'une stratégie axée uniquement sur la vaccination de masse dans un pays aussi vaste et densément peuplé que l'Inde, même lorsque la couverture de vaccination atteignait 90%, objectif pourtant difficile à atteindre. En revanche, lorsque des programmes de surveillance active et d'endiguement efficace entrèrent pleinement en action, l'Inde fut en mesure de réaliser l'éradication dans un délai relativement bref. » [p. 47]
En Inde, le dernier cas fut observé en mai 1975
« A Java, en dépit de toutes les mesures prises, la variole s'avérait extraordinairement difficile à éradiquer, malgré des taux de vaccination dépassant 90%. Jusqu'à ce que des structures efficaces de dépistage et de surveillance soient entièrement mises en place. » [p. 42]
Pourtant, en 1962 les experts affichaient une grande assurance : « du rôle essentiel de l'immunisation active, l'OMS a décidé en 1958 d'assurer l'éradication de la variole par des campagnes massives de vaccination. Ce n'est pas une tâche d'une difficulté insurmontable et la décision est parfaitement conforme aux possibilités réelles. Nous pouvons être tout à fait certains que les prochaines années nous apporteront la victoire. » (OMS Cahiers de santé publique numéro 8 p.10 )
En 1967, après de vastes campagnes il y avait plus de cas en Inde qu'en 1962 ! Il fallut alors changer de stratégie : « En Inde, cinq ans après une campagne nationale d'éradication entreprise en 1962 (55 595 cas),le nombre de notifications était plus grand (84 902 cas) qu'il ne l'avait jamais été depuis 1958. Il eût été extrêmement coûteux et logistiquement difficile, sinon impossible, d'atteindre des niveaux beaucoup plus élevés de couverture. Avec les moyens disponibles, il fallait absolument changer de stratégie. » [p. 32]
C'est ce que reconnaissait en 1977 le porte-parole de l'OMS, F. J. TOMICHE - Chef des services de presse et de publications de l'OMS, dans un article du journal Le Monde du 21/12/77 : Observons que TOMICHE ne fait aucune allusion à la vaccination des contacts alors qu'elle est mentionnée avec insistance dans le rapport de l'OMS de 1980 : ici l'auteur définit l'endiguement par la recherche et l'isolement immédiat des contacts qui tombaient malades, alors que deux ans plus tard le rapport de l'OMS y rajoute la vaccination des contacts qui a certainement été pratiquée mais dont l'utilité pourrait être discutée comme on le verra plus loin.
« Sur le plan stratégique, l'abandon de la vaccination de masse en faveur de l'approche dite de " surveillance-endiguement " revêtit une importance capitale. Avec ce type d'approche on parvenait à faire complètement échec à la transmission, même lorsque l'incidence variolique était élevée et les taux d'immunisation faibles. La méthode consiste en la prompte détection de nouveaux cas, suivie de mesures d'endiguement immédiates, c'est-à-dire la recherche de tous les contacts possibles et leur isolement afin d'arrêter la transmission. »
L’occultation des mérites de la méthode de « surveillance-endiguement » devient la règle
Après cette date on va assister dans les publications, à la disparition de la méthode de surveillance-endiguement ! Tout ce qui n'était pas de la vaccination dans ce qui avait permis la victoire sur la maladie sera omis au profit de la vaccination massive et généralisée à l'ensemble des populations. Il ne s'agit plus de l'éradication de la variole, mais de l'éradication de la surveillance-endiguement. Les preuves de cette évolution ne manquent pas et chacun a pu en être le témoin voire le zélateur involontaire. En voici quelques-unes parmi les plus typiques :
1 - Publié en 1986, un ouvrage de 500 pages intitulé « La longue traque de la variole » aurait dû faire le point sur cette affaire, d'autant plus qu'il fut écrit par un historien de la médecine en poste au Centre national de la recherche scientifique, Pierre DARMON. En fait l'histoire de l'éradication est escamotée en quelques lignes par cet auteur qui semble ignorer le rapport fondamental publié par l'OMS six ans plus tôt et qu'il ne mentionne même pas dans la bibliographie. Si l'échec des premières campagnes est reconnu – l'entreprise ne fut pas de tout repos et sembla même un instant au bord de la faillite – c'est pour mieux souligner l'importance de la vaccination des contacts :
« Le système des vaccinations de masse fut donc renforcé par celui des ring vaccinations. La nouvelle stratégie, qui consistait à isoler en priorité tout point chaud par un cordon serré de vaccinations, se révéla d'une totale efficacité. » [p 412 ]
2 - Au cours d'une conférence de l'Institut Pasteur, intitulée "Le futur des vaccins et les vaccins du futur" [30/01/97], le professeur Marc GIRARD déclarera : « Le résultat le plus formidable obtenu avec un vaccin est sans conteste l'éradication de la variole. »
3 - Un généreux tract de quatre grandes pages couleurs en faveur des vaccinations et offert en supplément au numéro 68 de la revue Respirer affirme : « La variole n'a-t-elle pas disparu de la surface de la terre grâce uniquement à la campagne de vaccination menée par l'Organisation Mondiale de la Santé ? »
4 - Dans le journal Le Monde déjà cité du 21/12/1977, à quelques centimètres de l'article du porte-parole de l'OMS parlant de l'abandon de la vaccination de masse au profit de la surveillance-endiguement, un journaliste commente ainsi les événements : « Comme l'illustre le cas de la variole,... la vaccination obligatoire apparaît comme une mesure de solidarité sociale et d'égalité devant les risques de maladie et de prévention. Si seule une fraction de la population doit subir la vaccination pour protéger l'ensemble, on peut se demander comment sera sélectionnée cette fraction ? Sur la base du volontariat ? S'il existe un risque inhérent à la vaccination, personne n'a intérêt à se porter volontaire. Il suffit d'espérer le bénéfice gratuit que représente la protection apportée par la vaccination des volontaires sans s'exposer au moindre désagrément. »
Voilà un raisonnement purement idéologique ne tenant aucun compte de la réalité du terrain. Une telle attitude peut convaincre le public et les autorités mais amuse beaucoup les virus !
Dans ces conditions on peut comprendre que même ceux qui se montrent très critiques vis-à-vis des vaccinations puissent se laisser abuser par cette réécriture de l'Histoire. Ainsi, au colloque organisé à Paris le 16 octobre 1999 sur le thème « Faut-il avoir peur des vaccinations ?», colloque qui réunissait plus de 20 orateurs tous très critiques vis-à-vis des vaccins et des vaccinations ainsi que 400 participants ayant la même orientation, le problème pourtant tout à fait fondamental et stratégique de l'éradication de la variole sera abordé très brièvement par un seul intervenant : « Il est établi que – contrairement à ce qui est enseigné dans tous les manuels – la variole n'a pas été éradiquée par une vaccination de masse systématique, mais par une vaccination extrêmement ciblée. Il a été instauré un système de surveillance de l'épidémie de variole, et chaque fois qu'on signalait un cas, on vaccinait autour de ce cas. Le résultat a été d'obtenir l'éradication en vaccinant quelques dizaines de milliers de personnes, au lieu de millions. » [Synthèse du colloque p.79].
Aucun des orateurs présents n'éprouvera le besoin d'apporter le moindre correctif en évoquant la surveillance-endiguement et en particulier le rôle capital joué par l'isolement immédiat des malades. Dans ces conditions Bernard KOUCHNER ne risque pas de connaître la contradiction en déclarant à l'Assemblée Nationale, en réponse à une question écrite d'un parlementaire [JO du 25/06/2001] : « En ce qui concerne la liberté de choix pour chacun de se vacciner ou non, il convient de rappeler que la protection sanitaire de la population demeure sous l'autorité de l'Etat et que dans certains cas la vaccination peut demeurer une mesure de santé publique nécessaire à l'ensemble de la population. Ainsi, c'est grâce à l'obligation de la vaccination antivariolique qu'a pu être obtenue l'éradication mondiale de cette grave maladie. »
Cependant, face à la menace bio-terroriste, « l'OMS rappelle que la meilleure méthode pour enrayer une épidémie de variole est la recherche des personnes atteintes ou susceptibles de l'être ainsi que leur confinement. » [ Le Monde du 28 octobre 2001 p. 7 ]. D'ailleurs il n'est pas interdit de s'interroger sur l'utilité de la vaccination dans la victoire sur la maladie. S'il est certain que le vaccin était loin d'avoir une efficacité absolue même sur des individus ayant fortement réagi à ce dernier et qui en portaient les marques parfaitement visibles plusieurs années après, il serait cependant présomptueux d'en déduire qu'il aurait été dépourvu de toute efficacité.
Le personnel des équipes de santé participant aux opérations était constitué soit d'anciens varioleux soit de personnes jugées correctement vaccinées. Comme elles étaient au contact des malades, rien ne permet de préjuger des événements si ces équipes n'avaient pas été vaccinées. Si par ce contact nécessaire elles avaient été décimées par la maladie, la stratégie d'isolement aurait pu ne pas fonctionner. Même si cela n'est pas parfaitement démontrable, on peut admettre que le vaccin aurait pu jouer de cette façon un rôle important.
Notons cependant qu'en Inde par exemple, ces équipes représentaient environ 60 000 personnes pour 600 millions d'individus soit une pour 10 000. Reste à apprécier l'utilité de la vaccination des contacts. Ceux-ci devaient donc supporter une vaccination quelques jours après la possibilité d'une contamination sauvage. La vaccination pouvait-elle être efficace dans ces conditions ? Ce n'est pas médire du vaccin que de poser cette question car chacun sait qu'un certain délai est nécessaire à l'établissement d'une immunité. Il devrait d'ailleurs paraître clair à chacun que si la vaccination avait été parfaitement efficace dans ces conditions, il n'aurait pas été utile de prévoir l'isolement des contacts dans le cas où ils tomberaient malades, ni même leur surveillance.
Dans son rapport [p.55 ], l'OMS signale le cas d'une personne travaillant dans un laboratoire et qui s'était piquée par accident avec une aiguille porteuse du virus de la variole. Elle se fit vacciner le jour même et contracta la variole. Il est de plus vraisemblable de penser que ce n'était pas sa première vaccination.
Au cours de l'épidémie de Vannes en 1954, un médecin-chef et une infirmière de l'hôpital de cette ville, pourtant régulièrement revaccinés, se firent de nouveau vacciner dès qu'ils eurent connaissance de l'épidémie qui frappait leur hôpital. Ils moururent pourtant de la maladie.
Fait étrange par ailleurs, de nombreuses campagnes de vaccinations massives, concentrées sur une courte période et pratiquées dans des régions d'endémicité, s'accompagnèrent de flambées épidémiques.
C'est ce constat qui conduisit l'OMS à changer de stratégie, troquant « à chaud » et dans des situations souvent très critiques, la vaccination de masse pour la surveillance-endiguement. Une explication possible de ces faits serait d'admettre que la superposition, à quelques jours près, de la contamination sauvage et de la vaccination provoquerait la maladie même chez des personnes précédemment immunisées et qui auraient pu l'éviter si elles n'avaient pas eu à subir cette ultime vaccination.
Le BCG offre une situation analogue : le test pratiqué avant la vaccination cherche à éviter de vacciner une personne infectée par un BK. Cette hypothèse permettrait de comprendre pourquoi les grandes campagnes de vaccinations organisées dans l'espoir de vaincre rapidement la maladie furent des échecs cuisants : en vaccinant un grand nombre d'individus il était inévitable de vacciner aussi des contacts dont certains auraient évité la maladie sans cette superposition malencontreuse.
Aussi, sous cette hypothèse, la vaccination spécifique et ciblée des contacts devrait donner des résultats analogues.
On en trouve effectivement confirmation avec, par exemple, les statistiques concernant l'Inde et que mentionne le rapport de l'OMS : parallèlement à la mise en place progressive de la stratégie de sur veillance-endiguement sur l'ensemble du territoire ainsi que de la vaccination des contacts, on observe un accroissement considérable du nombre de cas : de moins de 25 000 par an à 88 000 en 1973 puis 188 000 en 1974 ; la maladie disparaîtra en mai 1975 un an après avoir atteint en avril 1974 une incidence record jamais observée auparavant [p.47 ].
Cette disparition soudaine doit pouvoir être attribuée à l'isolement immédiat de tous les malades, ce qui mettait fin à la transmission du virus.
L'accroissement considérable observé en 1973 et 1974 pourrait ainsi être attribué pour une part à la vaccination méticuleuse de tous les contacts, même si on ne peut exclure un enregistrement plus exhaustif des malades. Même si cela reste une hypothèse, elle paraît plausible ; en tout cas, elle ne devrait pas être écartée d'un simple revers de main. Elle n'est nullement incompatible avec une efficacité du vaccin :
- Supposons un vaccin doté de cette propriété mais devenant efficace à 100% 15 jours après la vaccination ;
- Supposons de plus que chaque malade contamine 4 personnes et que l'immunité soit de 75% ce qui assure la stabilité de la maladie (100 nouveaux malades tous les 15 jours par exemple, l'incubation étant aussi de 15 jours).
On procède alors à la vaccination de toute la population ; les 400 contaminés étant aussi vaccinés, ils tomberont malades, d'où une flambée épidémique. Ces 400 malades contamineront 1600 personnes qui, ayant toutes été vaccinées depuis plus de 15 jours, seront toutes protégées par le vaccin.
L'importante conclusion qui résulte de cet exemple est que, même s'il se produit une poussée épidémique après une campagne de vaccination et même si le vaccin en est bien le responsable, cela n'autorise pas à conclure qu'il n'aurait aucune efficacité. Par contre, cela rend très problématique son utilisation en zone d'endémicité.
Toutes les considérations précédentes concernent les régions où la maladie sévissait à l'état endémique.
Et, pour les pays indemnes comme la France dont l'objectif était de se protéger en cas d'importation, la vaccination ne risquait pas, ordinairement, d'être superposée à une contamination sauvage. Aussi, l'argument contre-indiquant la vaccination massive s'évanouit pour ces pays. Mais il paraît raisonnable de penser que, s'il fut possible de venir rapidement à bout de la maladie dans de vastes régions surpeuplées et sous-médicalisées en mettant en œuvre la stratégie de surveillance et d'endiguement, la même méthode aurait sans doute permis de contrôler les importations de variole dans les pays riches en évitant à la population les conséquences parfois très invalidantes de cette vaccination :
« Pendant plus d'un quart de siècle, la variole a été contrôlée en Grande-Bretagne en s'efforçant d'éviter les importations par l'isolement des cas et par la recherche, la vaccination et la surveillance des contacts connus ou supposés. Ceci a été très efficace, sans cela il y aurait eu de graves épidémies de variole. Dans ce pays,il n'y a pas de place pour la vaccination de masse sauf si l'on perd le contrôle d'une poussée.
Le devoir des autorités, c'est d'empêcher la vaccination de masse lors des poussées épidémiques de proportions limitées. Ce ne fut pas le cas dans le Pays de Galles en 1962 où au moins 18 personnes périrent lors d'une vaccination en série. Une direction centrale et l'aide des autorités sont nécessaires pour éviter les demandes de vaccinations massives qui entravent le contrôle épidémiologique. » [Pr.George Dick British Medical Journal mars 1971 p.163 à 166 ].
L'échec des vaccinations massives, leur remplacement par la surveillance-endiguement mobilisant uniquement de la main-d'œuvre, le succès très rapide de cette stratégie puis son occultation au seul profit des vaccinations massives pour l'attribution des lauriers de la victoire devraient être connus de tous.
On est malheureusement très loin du compte !
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