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SLV n° 93 - Mars 1991 - p19

Le congrès de Niamey

Quelques aperçus des surprises révélées lors du 3e séminaire international sur les vaccinations en Afrique qui s'est tenu à Niamey en 1987 et dont le compte rendu est publié par... la Fondation Mérieux.

Au Brésil, au Mexique, au Mali

Vaccin polio inactivé sur cellules vero : résultats cliniques

« Les études cliniques réalisées à partir de VPI-Vero (vaccin polio inactivé cultivé sur cellules de singe de primo-explantation) ont débuté, en France, en 1982 (Grenier et coll., 1984). Soixante-et-un enfants de 2 à 11 mois d'âge ont été vaccinés avec trois doses de VPI en même temps qu'un vaccin DPT* (diphtérie-tétanos-coqueluche) injecté en un autre site, à un mois d'intervalle entre chaque injection. Trente-et-un enfants (?) ont pu être suivis sérologiquement. Un mois après deux doses, soit trois mois après le début de la vaccination, tous les enfants possédaient des anticorps polio (taux supérieur ou égal à 1/4) et la moyenne géométrique des taux d'anticorps était relativement élevée contre les trois types de virus polio. »
II est à noter qu'avant vaccination les enfants possédaient des anticorps aux trois types de virus (polio 1, 83 % - polio 2, 86 % - polio 3, 73 %) mais à des taux jugés insuffisamment protecteurs.

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D'autres études sont citées qui toutes constatent une séroconversion jugée suffisante. Pourtant les auteurs poursuivent :
« II est alors tentant de comparer les résultats des deux études faites au Brésil et au Mali, en observant les réponses sérologiques après VPI-Vero et vaccin oral (Sabin). Après deux doses de vaccin oral trop d'enfants ne possèdent pas d'anticorps vis-à-vis des trois types de virus polio. »

(Brésil : 5,3 à 22,6 % des enfants sont dépourvus d'anticorps (selon les types de virus) après 2 doses de vaccin oral).
(Mali : 23 à 51 % des enfants sont dépourvus d'anticorps (selon les types de virus) après 2 doses de vaccin oral).

Niamey 1987 - 3e séminaire international sur les vaccinations en Afrique (p. 153).

« Ceci explique peut-être que deux pays de la région des Amériques, le Brésil et le Mexique, aient vu augmenter le nombre de cas poliomyélitiques, en 1985 et 1986, malgré des campagnes annuelles de vaccination de masse par le vaccin polio oral (Sabin) comme signalé à l'OMS. » (OMS 1986).

* DPT (diphteria, pertussis, tetanus) = DTCoq en français

Au Sénégal

Poliomyélite paralytique au Sénégal en 1986 : étude de l'efficacité du nouveau et plus puissant vaccin injectable.

Sur 57 cas constatés dans deux des provinces du Sénégal, 21 % avaient reçu une dose de vaccin contre la poliomyélite et 14 % avaient reçu deux doses.
21 % : 12 personnes
14 % : 8 personnes
total : 20 personnes sur 57 avaient reçu une ou deux doses de vaccin.
Il est à noter que l'étude précise que 4 cas de poliomyélite paralytique avaient été écartés parce qu'il s'agissait de sujets ayant reçu un vaccin antipolio oral ou bien 3 doses ou plus du nouveau vaccin (?).
L'analyse de l'efficacité du vaccin réalisée sur ordinateur à partir des rapports entre nombre de cas et nombre de vaccination chez les « contrôles » aboutit à une efficacité clinique de 5 % après une dose de vaccin et de 69 % après deux doses.
Une étude comparable a été effectuée dans la troisième province du Sénégal où le nouveau vaccin injectable contre la polio avait été utilisé :
Sur les 46 cas de poliomyélite paralytique 35% avaient reçu une à trois doses de vaccin :
- 22 % : 10 personnes ayant reçu une dose
- 9 % : 4 personnes ayant reçu deux doses
- 4 % : 2 personnes ayant reçu trois doses.
Là encore, les sujets ayant reçu un vaccin oral ou ayant reçu 4 doses ou plus de vaccin ont été exclus (total 3 cas de paralysie poliomyélitique).
L'efficacité clinique après une dose de vaccin dans cette province est de 0 % ; l'efficacité après deux doses n'a pu être établie pour des raisons de nombre insuffisant de « paires » cas-contrôles discordants ; l'efficacité après trois doses est de 80 %.

Dans le paragraphe « Discussion des résultats » qui suit on peut lire :

« Ces résultats préliminaires montrent qu'au moins 7 enfants sur 10 ayant reçu deux doses au moins du nouveau vaccin injectable devraient être protégés de la poliomyélite. C'est une réalisation considérable, spécialement en raison des difficultés rencontrées sur le terrain dans ces régions. Comme tous les vaccins, toutefois, le nouveau vaccin antipoliomyélite injectable n'est pas parfait. Dans les trois provinces il y a eu des cas (sic) qui sont survenus chez des sujets vaccinés plus de trente jours avant que la paralysie se déclare. »

En effet, seules les vaccinations reçues au moins trente jours avant la paralysie ont été comptées. On considère généralement qu'avant trente jours il y a possibilité-probabilité pour que le patient ait été contaminé auparavant et que la vaccination n'ait pas eu le temps d'entraîner la protection.

« Si les résultats ultérieurs confirment ces estimations préliminaires de l'efficacité du vaccin, des recherches devront toutefois être entreprises pour expliquer l'apparente contradiction qui existe entre l'efficacité clinique du nouveau vaccin injectable sur le terrain et les taux de séroconversion de 93 à 100 % précédemment rapportés après deux doses de ce même vaccin.
Les raisons de la discordance profonde entre l'efficacité clinique constatée ici et l'efficacité espérée d'après les données sérologiques pour le nouveau vaccin antipolio injectable ne sont pas connues. »
3e séminaire international sur les vaccinations en Afrique, Niamey, 1987, p. 194.

Au Malawi

Surveillance sentinelle de 4 950 enfants ayant la rougeole, de décembre 1983 à mai 1984.

« Parmi les enfants atteints par la rougeole et ayant été vaccinés contre cette même maladie, 10 % avaient été vaccinés à moins de neuf mois et 22 % à neuf mois ou plus, Cinquante-sept pour cent des  enfants  atteints  de  rougeole n'avaient pas été vaccinés. » Pour le dire autrement, traduisons donc que 43 % des enfants ayant eu la rougeole avaient été vaccinés, ou leur statut vaccinal était inconnu.

En effet, à la page suivante on peut lire dans cette étude :

« Avec ce système de surveillance on a fait une découverte qui mérite d'être approfondie, c'est le fait que 32 % des enfants ayant la rougeole avaient préalablement été vaccinés. »

Surveillance sentinelle de 152 enfants admis à l'hôpital Queen-Elisabeth pour rougeole, d'octobre 1985 à octobre 1986

Un tableau par tranches d'âge parle de façon saisissante, mais n'est accompagné d'aucun commentaire :

ÂGE POURCENTAGE POURCENTAGE VACCINÉ
0 à 5 mois 4 % 0 %
6 à 8 mois 18 % 8 %
9 à 11 mois 26 % 16 %
12 à 23 mois 28 % 27 %
plus de 24 mois 24 % 49 %

Dans la tranche des plus de 24 mois, qui représente près du quart des cas, la moitié des enfants ont été vaccinés...

Rougeole au Malawi, p. 95.


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