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Accueil Page mise à jour le 06/09/2011

SLV n° 93 - Mars 1991 - p26

Campagnes de vaccinations, les enjeux financiers

Rappelons en guise de préalable les mots d'E. Kass, président du Congrès International sur les Maladies Infectieuses (Vienne, 1983) :

« Le but des épidémiologistes n'est plus l'éradiction des maladies infectieuses grâce à l'emploi massif des vaccins et antibiotiques, mais le contrôle de l'amélioration de la qualité de la vie. (...) II faut entrer dans une dynamique écologique naturelle en rendant efficaces les possibilités de défenses naturelles de notre organisme grâce à une politique sanitaire non contaminée par les intérêts des multinationales pharmaceutiques. »

Le marché mondial du vaccin pèse près de cinq milliards de francs. L'institut Mérieux vient d'en prendre la tête. À chaque seconde, huit personnes dans le monde sont vaccinées grâce à Pasteur-Mérieux. Avec l'acquisition des laboratoires Connaught (américains) ces chiffres devraient bientôt décupler.
En septembre 1984 Mérieux avait racheté le secteur vaccins de l'Institut Pasteur Production, s'assurant ainsi l'appui du formidable potentiel de recherches de la Fondation Pasteur, dont l'IPP était filiale.

En 1983 eut lieu la création de Pasteur Vaccins, filiale de l'Institut Mérieux et de l'Institut Pasteur. En 1989, Pasteur Vaccins a fusionné avec le secteur Médecine Humaine de l'Institut Mérieux, créant Pasteur-Mérieux Sérums et Vaccins. Cet accord, pouvait-on lire dans La Vie Française de juillet 1989 « a pour but de rapprocher la nouvelle entité d'une taille critique nécessaire pour assurer dans un contexte de mondialisation exacerbée, les moyens d'une recherche ambitieuse et d'un développement de produits nouveaux. »

Dans un tel contexte, peut-on s'étonner que la priorité des priorités en matière de « santé » au niveau mondial soit la vaccination universelle ? On retrouve en effet toujours les Fondations Mérieux, Rockfeller, l'Institut Pasteur, dans les organismes non gouvernementaux qui soutiennent les programmes de l'OMS, de l'UNICEF, de l'APMP. Tout fonctionne un peu comme avec des poupées russes ; quand on regarde dans la composition de ces organismes, on retrouve des noms qui en recouvrent d'autres qui eux-mêmes ramènent aux multinationales pharmaceutiques.

Les Laboratoires Connaught étaient une filiale de la société canadienne CDC Life-science qui déjà en 1987 réalisait un chiffre d'affaires de 222 millions de dollars canadiens dans la recherche, le développement et la commercialisation de produits biologiques comme les vaccins et sérums. Son bénéfice net s'élevait à 25,6 millions de dollars.

Parallèlement à cet accord avec les Laboratoires  Connaught  en  décembre 1989, l'Institut Mérieux poursuit sa stratégie d'alliances, tant en médecine humaine qu'en santé animale. « En 1987, il réalise une série d'acquisitions et d'accords avec des partenaires étrangers : avec “Cambridge Bioscience USA” pour une approche vaccinale contre le SIDA, avec “Nordisk Gentofte”, avec “Pitman Moore Inc.”.
Le but de l'Institut Mérieux est « de relever les défis de la médecine humaine par la production de vaccins plus sûrs et plus efficaces, par la mise au point de techniques de production et d'inoculation plus adaptées, mais aussi par ”la vente du concept de vaccination” ou encore par le maintien ou la diminution des coûts de fabrication des vaccins destinés aux pays en voie de développement. » (Impact Médecin, 13 mai 1989)

Par l'intermédiaire de la Fondation Marcel Mérieux, créée en 1967, l'Institut Mérieux « tente de répondre aux problèmes posés par les pays en voie de développement. C'est sous l'impulsion de la fondation que s'est mise en place, en 1984, la mission “Bioforce Développement”, sorte de corps de sous-officiers de santé déjà opérationnel sur quatre continents et dont le prolongement est le projet “AME” lancé récemment. » (Impact Médecin, 13 mai 1989)

  • Le projet AME ?

« AME, ce sont les trois premières lettres d'Afrique, Méditerranée, Europe ; c'est aussi l'âme que Charles Mérieux souhaite donner au projet de Bioforce mondiale, qui vise à modifier le déséquilibre entre les deux hémisphères de notre planète, en donnant notamment à l'Afrique le droit à la santé. » (Impact Médecin, 13 mai 1989)

  • Le droit à la santé ?

Du droit à la santé à l'accès à la médicalisation il n'y a qu'un pas, franchi allègrement avec grandeur d'âme par les organismes internationaux qui élaborent les politiques de santé mondiales, sans remettre  profondément  en  cause  les conditions écologiques, économiques, sociales, politiques qui génèrent précisément le déséquilibre entre les deux hémisphères de notre planète.
Par ses relations prioritaires avec l'Institut Mérieux via Pasteurs-Vaccins puis Pasteur-Mérieux Vaccins et Sérums, les deux instituts marchent de pair et sont conjointement présents au sein des associations et organismes non gouvernementaux tels que l'APMP ou le Comité d'Éducation pour la Santé, ou encore l'UNICEF.

  • Politiques sanitaires à l'échelle de la planète

« Les campagnes de vaccination sont moins coûteuses, plus efficaces que d'autres mesures sanitaires. On pourrait éviter de nombreuses maladies infectieuses en limitant les facteurs qui favorisent leur propagation, comme la prolifération des insectes vecteurs, l'insalubrité due à la surpopulation ou la consommation d'eau non potable ; malheureusement il est difficile d'éliminer les moustiques qui transmettent le paludisme (aucun vaccin n'existe non plus - NDLR) et de nombreux pays n'ont pas les moyens d'améliorer l'habitat, de réaliser des travaux d'assainissement nécessaires, ni de purifier l'eau de boisson. » (Pour la Science, n° 133, janvier 1989).
« À ces difficultés s'ajoute une autre raison pour laquelle la production et l'administration de vaccins est une méthode de choix pour le tiers-monde : on a déjà créé une organisation – le Programme Elargi de Vaccination – afin de vacciner les enfants ; cette organisation pourrait facilement administrer les nouveaux vaccins contre d'autres maladies, et gérer d'autres services sanitaires améliorant la santé des enfants, comme les programmes de régulation des naissances, par exemple. » (Pour la Science, op. cit.)

Le Programme Élargi de Vaccination (voir article p. 8) est le produit de l'étroite collaboration entre l'OMS et l'UNICEF, soutenues par la Banque Mondiale, le programme de développement des Nations Unies et la Fondation Rockfeller. Ces cinq institutions ont fondé ensemble la Force d'Intervention pour la Survie de l'Enfant, en 1984, afin de poursuivre et d'élargir le programme de vaccination à l'échelle mondiale.

  • La stratégie économique

Pour l'ensemble des fabricants, participer à ces campagnes, outre de substantiels bénéfices pour certains d'entre eux, sert à « améliorer leur image dans les pays en voie de développement. Pour les industriels, la participation au Programme Élargi de Vaccination est l'occasion d'atteindre de nouveaux marchés, où l'on peut ensuite vendre des produits pharmaceutiques plus rentables ou acheter des matières premières. » (Pour la Science, n° 135, janvier 1989).
C'est ainsi que l'on comprend mieux l'engagement du groupe Unilever dont l'étendue est détaillée page 9.
Par ailleurs, plusieurs fabricants participent à ce programme de vaccination parce qu'ils y gagnent de l'argent, résorbent leurs stocks d'invendus, couvrent une part importante de leurs coûts de production par les quantités énormes de doses vendues, même à bas prix.

Lors d'une interview accordée à la revue Géo en janvier 1985, on a pu lire le dialogue terriblement révélateur que voici :

« Chaque seconde, jubile-t-il (A. Mérieux), trois personnes dans le monde reçoivent un de nos vaccins. Résultat : deux milliards de francs de chiffre d'affaires. »
« Avec de coquets bénéfices ? », demande le journaliste Maurice Soutif,
« Passons », tranche le docteur. Les chiffres l'assomment. »

En 1990, l'Institut Mérieux International étant entré par la grande porte sur le marché américain en rachetant Connaught, dernier groupe indépendant présent exclusivement dans le secteur des vaccins, les chiffres ont de bonnes chances d'être de taille à assommer pour de bon son directeur.

Avant cet accord, l'Institut représentait 20 % des cinq milliards du marché mondial, pourcentage passé maintenant à 30 %...

S. V.


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