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Accueil Page mise à jour le 05/06/2017

Zoom sur les oreillons

La maladie

Les oreillons sont une maladie infantile contagieuse. Connue dès l'Antiquité et décrite par Hippocrate au 5e siècle av. JC, son origine virale est identifiée en 1934 par Johnson et Goodpasture [1].
Son nom en français vient du symptôme le plus visible qui est un gonflement du cou sous les oreilles, dû à la tuméfaction des glandes parotides. L'origine du nom anglais mumps est assez obscure, mais viendrait du vieux verbe anglais mumble qui signifie grimacer ou marmonner.

Symptômes

Les oreillons se manifestent en général par une parotidite uni- ou bilatérale (infection et inflammation des glandes salivaires situées de chaque côté en avant des oreilles, derrière la mandibule) associée à une douleur dans les oreilles et une fièvre modérée. On estime que 25 à 40 % des cas d'infection sont asymptomatiques.

Chez l'enfant, les oreillons sont une maladie sans gravité et les complications sont rares.
Les complications les plus redoutées se produisent chez les adolescents après la puberté et chez les adultes, et sont dues aux localisations extra-salivaires : 
– l'orchite survient dans 2 cas sur 1000 tous âges confondus ; mais chez le garçon pubère l'inflammation et l'œdème des testicules se produit dans 1 cas sur 5 en moyenne ; cependant elle n'atteint qu'un seul testicule dans 75 % des cas d'orchite post-pubertaire, et ne provoque sur celui-ci qu'exceptionnellement une diminution de la production de spermatozoïdes ; la stérilité totale est extrêmement rare ;
– une extension de l'infection vers le pancréas, les ovaires ou la thyroïde est possible mais rare et généralement sans séquelles ;
– les complications neurologiques, exceptionnelles et sans séquelles chez l'enfant, sont proportionnellement plus fréquentes et plus graves avec l'âge : méningite, surdité, cécité, paralysie faciale ;
– des cas d'avortements spontanés ont été observés à la suite d'une infection au cours du premier trimestre de la grossesse.

Épidémiologie et contagiosité

Cette maladie était autrefois contractée essentiellement dans l'enfance, surtout avant l'âge de 10 ans, bien que de rares flambées épidémiques aient parfois affecté des collectivités d'adultes (armée). Depuis la généralisation du vaccin, les adolescents, jeunes adultes et même adultes plus âgés sont de plus en plus fréquemment atteints [2].

À la fin de l'incubation qui dure 2 à 3 semaines, le malade est contagieux quelques jours avant et une semaine après l'apparition des premiers symptômes.

La maladie procure une immunité de longue durée, mais difficile à évaluer avec précision car la corrélation entre l'immunité réelle et le taux d'anticorps lors d'une sérologie est inconstante, ce qui a conduit à surestimer considérablement la protection induite par les divers vaccins.

Le virus des oreillons

Le virus responsable des oreillons (Myxovirus parotidis), ou virus ourlien, a un tropisme glandulaire et nerveux ; il fait partie des Paramyxoviridae, famille de virus à ARN à laquelle appartient également le virus de la rougeole, mais il est nettement moins contagieux. On connaît douze génotypes différents et de nombreux sous-types, selon les régions du monde.

Le réservoir du virus est exclusivement l'être humain atteint de l'infection (même inapparente).

Transmis essentiellement par voie aérienne dans les gouttelettes de salive (éternuements, toux) ou simplement lors d'un contact rapproché, il contamine les voies respiratoires supérieures puis les glandes salivaires et autres, et le système nerveux.

C'est un virus qui résiste peu de temps à la chaleur et aux rayons ultra-violets ; il est très fragile car son enveloppe lipidique est détruite rapidement par la plupart des désinfectants usuels.

Coupe fine en miscrocospie électronique du virus ourlien. Source Wikipedia

La vaccination

Les premières recherches sur la culture et l'atténuation du virus ourlien sur œuf de poule embryoné remontent au début des années 1940, par K. Habel et par l'équipe de J.F. Enders, S. Cohen et L.W. Levens [3].

Historique

Cependant le premier vaccin contre les oreillons, mis au point par Anatol Smorodintsev date de 1949 et fut utilisé en URSS dès 1954, celui de Mishiaki Takahashi à partir de la souche Urabe, date de 1966 ; puis Maurice Hilleman obtient un autre vaccin en 1967, à partir de la souche Jeryl Lynn. Outre ces deux souches du virus, près d'une dizaine d'autres souches ont été utilisées dans le monde pour la fabrication de vaccins (Hoshino, Rubini, Leningrad-3, Zagreb, Miyahara, Torii, NK M-46, S-12 et RIT 4385)

La vaccination ourlienne a été introduite en France en 1983, et associée aux vaccins rougeole et rubéole en 1986 (ROR) avec une recommandation du ministère de la santé. Les campagnes d'incitation à la vaccination sont régulièrement lancées depuis 1989. 

Difficultés et « incidents »

La mise au point du vaccin contre les oreillons a connu de nombreux problèmes.

Certains vaccins se sont révélés quasiment inefficaces (souche Rubini en Espagne, au Portugal...), des épidémies se produisent au sein de populations ayant une forte couverture vaccinale [4], et d'autres vaccins sont responsables d'accidents graves (souches Zagreb, Leningrad-3, etc. et surtout la souche Urabe Am9, avec laquelle le risque de méningite s'est révélé de 1 sur 11 000 à 1 sur 4 000 doses de vaccin selon les études, contre un risque estimé antérieurement à 4 par million) [5], etc.

Dans de nombreux pays, les vaccins rougeole-oreillons-rubéole utilisant la souche Urabe ont été retirés du marché à partir de la fin des années 1980 (au Canada en 1988, en Grande-Bretagne en 1992, en France en 1994 mais beaucoup plus tard dans les pays en développement [5][6]).

Vaccins actuels

Aucun vaccin contre les oreillons n'est commercialisé seul. Il est toujours associé avec ceux contre la rougeole et la rubéole.  En Europe, les vaccins actuels utilisent principalement la souche Jeryl-Lynn, moins immunogène mais responsable de moins d'effets indésirables graves immédiats.

En France les vaccins disponibles (08/2013) sont :

  • M-M-RVaxPro® (Rougeole-oreillons-rubéole - Antigène oreillons : souche Jeryl-Lynn, produit sur cellules d'embryon de poulet) de Sanofi Pasteur MSD (RCP)
  • Priorix® (Rougeole-oreillons-rubéole - Antigène oreillons : souche RIT 4385 dérivée de la souche Jeryl-Lynn, produit sur cellules d'embryon de poulet) de GlaxoSmithKline (RCP).

Jusqu'en 1995 une dose unique était administrée, mais en raison de la perte rapide d'efficacité deux doses (avec 4 semaines d'écart au minimum) sont recommandées depuis 1996. L'Agence Européenne du Médicament notait en mai 2012 « un certain manque de cohérence entre les pays de l'UE concernant la limite d'âge inférieure [...] qui variait de neuf mois à 15 mois » de même qu'en ce qui concernait les contre-indications aux malades atteints de déficits immunitaires (VIH ou autres déficits graves) [7].

Contre-indications
Hypersensibilité ou allergie à divers composants du vaccin (protéines de l'œuf, néomycine, gélatine, sorbitol, etc.)
Déficits immunitaires acquis ou non (vaccin à virus vivant)
Grossesse

La législation en France
Le vaccin contre les oreillons est recommandé en France depuis 1985, mais pas plus que ceux contre la rougeole et la rubéole auxquelles il est systématiquement combiné, il ne fait l'objet d'aucune obligation légale.

Efficacité
Comme pour la plupart des vaccins à virus vivants, les fabricants annoncent une excellente efficacité, fondée sur les analyses sérologiques au cours des essais cliniques, mais l'efficacité constatée lors des épidémies est beaucoup plus faible, et très limitée dans le temps, même lorsque deux doses ont été administrées. 

C'est pourquoi on constate une augmentation de l'âge des malades, qui est passé de 5 ans en 1986 à 16,5 ans en 2011. La maladie étant plus grave à l'âge adulte,  le nombre de complications graves et d'hospitalisations a considérablement augmenté ; il y a même eu deux décès chez des personnes âgées entre 2000 et 2009. On observe le même phénomène dans tous les pays qui ont introduit la vaccination anti-oreillons depuis plusieurs décennies [2], [8].
– Espagne : 1995-1996, âge moyen des cas 17,2 ans (de 1 à 92 ans) vaccination depuis 1982,
– États-Unis : en 2006, 78 % des patients étaient âgés de 18 à 24 ans,
– Australie : en 2006,  42 % des malades avaient entre 21 et 25 ans,
– Canada : en 2007, 64 % des cas ont été relevés chez des personnes de 17 à 37 ans,
– Europe entière : en 2009, 20 % des patients avaient entre 20 et 24 ans.

Effets secondaires indésirables
En raison de l'administration combinée des vaccin ROR, il est relativement difficile de déterminer avec certitude l'origine des effets indésirables.
Certains sont cependant spécifiques du vaccin contre les oreillons : les méningites ourliennes, rencontrées surtout avec les anciens vaccins (jusqu'à 1 pour 4 000 doses) sont devenues très rares avec la souche Jeryl Lynn (de 1 pour 800 000 doses à 1 sur 4 millions selon les sources), sans séquelles durables la plupart du temps.
Il s'agit surtout une fièvre modérée, et une parotidite (gonflement des glandes salivaires) quelques jours après l'injection. Des parotidites chroniques (non bactériennes) ou récidivantes ont été observées.
Voir aussi la liste des effets indésirables cliniques et paracliniques observés après injection du vaccin ROR, d'après la base de données theriaque.org.

Les traitements

Le traitement classique des oreillons se limite aux antipyrétiques et, en cas de douleur, à des antalgiques.

Les traitements alternatifs (homéopathie...) sont surtout destinés à contrôler la fièvre (Belladonna, Apis, Mercurius...) et à limiter le risque de complications [9].

NB : Dans un avis du 11 juillet 2013 intitulé Cas groupés d’oreillons en collectivité : conduite à tenir, « le HCSP rappelle que, chez les personnes ayant été en contact avec un patient présentant les oreillons en phase de contagiosité, les mesures de prophylaxie post‑exposition (vaccination ou immunoglobulines), de même les mesures d’exclusion de la collectivité, n’ont pas fait la preuve de leur efficacité ».


Notes :

1. Claud D. Johnson et Ernest W. Goodpasture, An investigation of the etiology of mumps, The Journal of experimental medecine, vol. 59:1-19, 1934
2. Selon l'InVS « les cas d'oreillons surviennent en moyenne plus tardivement dans la vie (l'âge médian est passé de 5 ans en 1986 à 16,5 ans en 2011) à un âge où le risque de complications est plus important (méningite, surdité, orchite…). Le nombre d'hospitalisations pour cause d'oreillons est passé de 75 en 2004 à 111 en 2010 et 37% des cas avaient plus de 30 ans ».
3. K. Habel, Cultivation of mumps virus in the developing chick embryo and its application to studies of immunity to mumps in man. Pub. Health Rep. 60:201-212, 2002.
J.F. Enders, Observations of immunity in mumps. Ann. Int. Med., 1943, 18:1015-1019.
J.F. Enders, Mumps : techniques of laboratory diagnosis, tests for susceptibility, and experiments on specific prophylaxis. J. of Pediatrics, 1946, 29:129-142.
4. Suisse : Letizia Toscani, Michèle Batou, Paul Bouvier, André Schlaepfer - Comparaison de l'efficacité de différentes souches de vaccin ourlien : une enquête en milieu scolaire. Soz Praeventivmed, 1996, 41 : 341-47
Eurosurveillance : Portugal 1996, Espagne 1998, Suède 2004, Autriche 2006, Espagne 2006-2007, etc.
BEH n°39-1997 : « Les médecins de Millau ayant noté un nombre anormalement élevé de cas d'oreillons depuis janvier 1995, et s'étonnant d'une proportion importante de cas chez des sujets vaccinés [50%] ont alerté la DDASS de l'Aveyron », « Le réseau sentinelle observait, en 1995, 40 % de vaccinés parmi les cas », etc.
5. OMS - Surveillance de la sécurité des vaccins, p. 57.
Claude Griscelli, Pharmacovigilance et calendrier vaccinal, p. 60.
6. par exemple en 2004 à l'île Maurice.
7. EMA - Questions et réponses pour Priorix®
8. Elise Coffinières, Thierry Blanchon (unité INSERM 707 - Université Pierre et Marie Curie), Vaccine, octobre 2012 ; 30 : 7013-8
Agence de santé publique du Canada (oreillons)
9. À titre indicatif, voir cette page. En cas de doute, notamment si complications, une consultation chez un homéopathe sérieux s'impose.

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